Aborder la philothérapie avec Nietzsche

La philothérapie : adopter une attitude philosophique

« Qu’on remplace donc ces explications que je n’ai présentées qu’avec hésitation par d’autres meilleures », écrit Nietzsche dans l’une de ses Considérations intempestives. Auteur allemand de la fin du XIXe siècle, il se savait incarner une certaine attitude philosophique. Une (ou tout au plus quelques unes) parmi d’autres. Loin de l’idée que la philosophie situerait son discours dans une parfaite neutralité, plusieurs philosophes, comme Nietzsche, laissent au lecteur le choix d’interpréter, la liberté de comprendre, au lieu de lui livrer des solutions toutes faites, des distinctions prêtes à être consommées, des idées pré-pensées, qui n’auraient plus qu’à être réchauffées. Faire de la philosophie, même un peu, implique une appropriation active ; ce en quoi le dialogue prête à cet exercice une forme idéale. Le lecteur se fait compagnon, invité du dialogue. C’est le premier aspect de la philothérapie que nous pratiquons.

Assez représentative de la prudence philosophique, la posture de Nietzsche est un réel aveu de modestie. C’est le deuxième aspect de notre philothérapie. Descriptives, ses « considérations » ne sont aucunement une prescription. Elles sont une manière possible de mettre à profit la réflexion philosophique dans des thèmes existentiels, des aspects de la vie. Nietzsche revendique très souvent que ces aspects de la vie priment sur l’élaboration conceptuelle, que l’intuition vient avant le travail de la pensée en général. Dans cette même optique, les contributions qui suivent – qu’ouvre un article sur la conscience du temps, pensée à partir d’un court extrait de Nietzsche – prétendent être tout simplement des propositions de clarification existentielle, à partir de situations concrètes qui s’incarnent dans notre existence quotidienne.

Une pratique satisfaisante de la philosophie 

Loin de considérer la multiplicité des regards comme des falsifications, ces représentants de la philosophie y voient une richesse. Cette diversité relève d’ailleurs souvent moins de la contradiction que de l’approfondissement, du dévoilement progressif d’un problème, d’une intuition, d’une idée, dont on perçoit peu à peu la profondeur : s’engouffrant dans les profondeurs, ou s’élevant vers les cimes, notre point d’arrivée conserve la mémoire de notre itinéraire. Sur le chemin de notre existence, n’est-il pas préférable, en effet, de pouvoir mesurer l’écart qui nous sépare d’hier, et qui nous tient à distance de demain ? Réfléchissant à nos actions d’hier, nous aurons la liberté d’en actualiser certaines demain et d’en inventer d’autres.

Ces clarifications ont pour but de revenir à notre action et à notre vie. En vérité, les articles qui suivent sont écrits dans l’espoir qu’ils vous soient utiles. Je ne suis pas certain que l’on puisse pratiquer la philosophie sans s’en faire une idée. Non pas définitive, mais représentative de la pratique que nous avons menée. De même que l’on se fait une idée de la vie à partir de son expérience, ce qui ne signifie pas que l’on réduise la vie à l’expérience que nous en avons eue. On peut être conscient des abords déterminés à partir desquels, jusqu’ici, notre existence nous a dévoilé quelques facettes du monde,. On peut être conscient du fait que notre perspective ne nous montre pas tout. Mais quand, tout en reconnaissant les limites de notre regard, on ne regrette pas ce que l’on a vu jusqu’à présent, quand on est conscient des multiples chemins possibles mais, qu’au bout d’un chemin, on réalise que pour rien au monde on ne souhaiterait avoir pris un autre itinéraire, alors on éprouve une certaine satisfaction.

Etre moi-même et pas un autre

En proie à l’idée d’un « Eternel retour », nous allons y revenir, Nietzsche avait la conviction que tout ce que je peux faire au cours de mon existence, c’est de devenir ce que je suis. Aurais-je pu être autrement ? quelqu’un d’autre ? c’est probable. Mais fions-nous à ces moments où j’ai le sentiment de coller à l’idée que j’ai de moi-même, à ces moments de satisfaction où j’ai le sentiment de me réaliser, c’est-à-dire, de développer les traits qui me semblent correspondre à la personne que je suis. Le temps de mon existence me permet de me réaliser : de concrétiser l’idée que j’ai de moi. Ce chemin prend du temps, qui peut être source de souffrance comme de joie., d’égarement comme de trouvaille. Des sentiments dont nous sommes en partie responsable. Quand nous en sentons le besoin : nous pouvons nous développer autrement.

Le choix d’une philosophie thérapeutique

Il va de soi qu’un thérapeute n’est certainement pas un sceptique : seule une certaine idée de la philosophie et de l’existence humaine peuvent laisser penser que les mots nous soignent efficacement et véritablement. Ce en quoi la philothérapie s’appuiera sur une sélection de pensées : celles qui, avant toute chose, ont été écrites ou prononcées dans le but de s’adresser à nous. Je pense d’ailleurs qu’au fond, Nietzsche et les autres partisans de l’attitude que nous décrivons avaient l’espoir d’être entendus, qu’ils n’écrivaient pas pour eux seuls, et qu’ils espéraient au fond apporter un appui à qui en aurait besoin, à qui déciderait librement les fréquenter. De même que la philosophie, la philothérapie est une possibilité. Peut-être vous parlera-t-elle.

Je souhaite donc un que toute lectrice/tout lecteur qui désirerait réfléchir à ces situations, trouve dans ce qui suit matière à élaborer la réflexion qui lui sera utile pour penser ce qu’il expérimente.. Qu’il s’agisse de conceptualiser, de questionner, ou de définir, qu’on se saisisse de ces instruments librement !