Est-il utopique de vouloir s’accomplir au travail ?

Cet été, j’ai rencontré un utopiste au travail. La formule m’a paru belle ; la réalité se révèlera peut-être l’être davantage encore.

Je retournerais bien dans la boutique (ou plutôt, dans l’atelier) pour connaître le parcours de cet individu qui a eu l’audace, comme on dit, de vivre ses rêves plutôt que de rêver sa vie, du moins ses rêves de vie professionnelle, ce qui n’est pas rien !

Mais pour l’heure, l’imagination me suffit. Je me plais à me représenter comment un illustrateur, c’est-à-dire une personne créative par nature, en vient un jour à refuser tous les compromis professionnels qu’on tient généralement pour nécessaires (un prêt à rembourser, une famille à nourrir, un petit confort de vie à assurer pour se tenir au niveau des autres…) jusqu’a ce qu’ils  mènent à la compromission personnelles et deviennent littéralement intenables. Un jour, le peu de sens auquel on se rattachait devient chimère, et les fausses et rassurantes justifications qu’on y apportait deviennent idéales.

Cet homme au travail, dans son atelier, est la preuve que c’est possible. Il donne de la réalité à l’utopie : les rêves peuvent parfaitement s’écrire en prose. Dans son cas, les matériaux sont locaux, ils sont recyclés et ils ont une histoire. Ils revivent essentiellement grâce à un savoir-faire et des idées créatives. Ils sont présentés dans une boutique épurée et vendus en respectant des choix simples, mais forts : pas de CB, une facture papier manuscrite, le temps d’échanger quelques mots qui auraient pu ne pas l’être, des mots précieux, donc. Parce qu’il a la main sur ses rêves, il modifie sa vie.

Si la situation de cet individu semble rêvée, il est évident qu’elle ne s’est pas réalisée du jour au lendemain ni sans efforts. Il serait tout aussi utopique de croire qu’elle ne résulte pas d’un solide questionnement existentiel, visiblement bien mené.

En philothérapie, j’accompagne souvent des personnes dans leurs choix professionnels, notamment quand il ne leur est plus supportable, dans l’exercice de leur métier, de mettre de côté leurs valeurs. En supervision, j’accompagne notamment des professionnels issus de la thérapie humaniste (naturopathes, sophrologues, psychopraticiens, fasciathérapeutes…) dont les valeurs personnelles ont la particularité d’être intimement imbriquées à la sphère professionnelle. 

à lire : N. Masselot, Philothérapie, éd. de l’Opportun, 2019, chapitre 10, pp. 336-376 consacré aux choix professionnels et à l’expérience de contradiction de nos valeurs personnelles.

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