Platon, Epicure et Spinoza : désir, plaisir et quête de satisfaction

L’article qui suit est consacré à la question de la satisfaction personnelle, ses conditions et ses implications. Elle est envisagée dans sa relation à d’autres notions existentielles : le désir, la souffrance et le plaisir. J’y convoque plusieurs références philosophiques : Platon, Epicure et Spinoza pour l’essentiel.

De la situation existentielle à la posture intellectuelle

De nombreux individus prétendent être en quête de satisfaction personnelle. Presque tous, même. Cette affirmation prend de nombreux visages : chez les uns, la satisfaction peut passer par la réalisation de désirs en apparence égoïstes, chez d’autres, par un altruisme exacerbé et le sentiment de devoir agir pour autrui. Cette apparente opposition est traversée par une constante : nous aimerions toutes et tous que notre existence nous procure du plaisir. Un plaisir qui, alors qu’il est moteur (du moins dans sa structure) chez l’enfant se transforme en un fardeau chez l’adulte. Combien sommes-nous à nous plaindre, à raison, d’une vie trop terne, soumise à des contraintes qu’en apparence nous ne contrôlons pas ? Alors que la recherche de satisfaction est naturelle, le plaisir semble être devenu de l’ordre du luxe, voire une revendication honteuse. Dès lors, deux positions alternatives : tantôt affirmer le droit au plaisir, tantôt (quoique plus rarement) restreindre le droit au plaisir. On n’évite pas la nécessité, en tout cas, d’en redéfinir des contours acceptables, éthiques, rassurants. Un contre-pied semblera parfois devoir pris d’une manière tellement inconséquente que ce dernier en devient mainstream : dans le débat qui touche on plaisir, on se bouscule et on se perd ! En témoigne le succès de la littérature (« pseudo-spiritualiste » ?) consacrée à l’hédonisme moderne (porté philosophiquement par Michel Onfray, abondamment cité sur ce terrain), et qui est déjà redoublée de sa propre critique (voir Gilles Mayné, En finir avec Onfray : Du déni de Bataille à la boboïsation ambiante, paru il y a quelques jours).

La recherche de la satisfaction : quelles implications ?

Le désir cherche la satisfaction. Et pourtant, c’est bien connu, il ne la rencontre que rarement, ni durablement. Le plus souvent, néanmoins, en chemin, il rencontre le plaisir. Sans cette rencontre imprévue mais opportune, nous chercherions plus à donner libre cours à notre désir. Car ce dernier est le plus souvent source de souffrance, de frustration. Sans plaisir, nous n’essayerions même pas satisfaire notre désir ; nous ne ferions pas l’effort d’aller à la rencontre de cet objet susceptible de nous apporter la satisfaction recherchée (méritée ?). On peut dès  lors regarder le désir comme une tentative de satisfaction manquée qui se réalise dans un plaisir plus ou moins durable, sous certaines conditions. Un plaisir aux accents de succédané, dont on se contente faute de satisfaction. Un plaisir qui n’est pas une fin en soi mais qui est suffisamment agréable que l’on puisse faire le choix de ne plus aller plus loin : renonçant à la satisfaction, nous chercherons dorénavant le plaisir, et le plaisir seul (ce en quoi le danger d’addiction est évident). L’expérience du désir relève donc à coup sûr d’un demi-échec. Alors pourquoi persévérons-nous dans cet échec relatif ?

Les philosophes ont très tôt considéré cette question très minutieusement. On doit notamment à Platon d’avoir clairement établi le lien entre le désir, sa satisfaction, le plaisir, et l’expérience du manque qui en est la condition.

Un passage d’un texte intitulé Gorgias renvoie dos à dos deux argumentations : Socrate y défend le privilège de la satisfaction accomplie contre Calliclès, un adversaire redoutable qui exprime clairement une position ô combien naturelle que nous sommes nombreux à partager :

Socrate – Regarde bien si ce que tu veux dire, quand tu parles de ces deux genres de vie, une vie d’ordre et une vie de dérèglement, ne ressemble pas à la situation suivante. Suppose qu’il y ait deux hommes qui possèdent, chacun, un grand nombre de tonneaux. Les tonneaux de l’un sont sains, remplis de vin, de miel, de lait, et cet homme a encore bien d’autres tonneaux, remplis de toutes sortes de choses. Chaque tonneau est donc plein de ces denrées liquides qui sont rares, difficiles à recueillir et qu’on n’obtient qu’au terme de maints travaux pénibles. Mais, au moins une fois que cet homme a rempli ses tonneaux, il n’a plus à y reverser quoi que ce soit ni à s’occuper d’eux ; au contraire, quand il pense à ses tonneaux, il est tranquille. L’autre homme, quant à lui, serait aussi capable de se procurer ce genre de denrées, même si elles sont difficiles à recueillir, mais comme ses récipients sont percés et fêlés, il serait forcé de les remplir sans cesse, jour et nuit, en s’infligeant les plus pénibles peines. Alors, regarde bien, si ces deux hommes représentent chacun une manière de vivre, de laquelle des deux dis-tu qu’elle est la plus heureuse ? Est-ce la vie de l’homme déréglé ou celle de l’homme tempérant ? En te racontant cela, est-ce que je te convaincs d’admettre que la vie tempérante vaut mieux que la vie déréglée ? Est-ce que je ne te convaincs pas ? 

Calliclès – Tu ne me convaincs pas, Socrate. Car l’homme dont tu parles, celui qui a fait le plein en lui-même et en ses tonneaux, n’a plus aucun plaisir, il a exactement le type d’existence dont je parlais tout à l’heure : il vit comme une pierre. S’il a fait le plein, il n’éprouve plus ni joie ni peine. Au contraire, la vie de plaisirs est celle où on verse et on reverse autant qu’on peut dans son tonneau!

Les variantes de la position portée par Calliclès sont innombrables : l’important, c’est le plaisir ; peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, ou plus poétiquement : enivrez-vous, « de vin, de poésie, ou de vertu à votre guise ». De la position la plus cynique à la ferveur la plus véhémente en la vie pure et joyeuse, une vérité demeure : on ne souhaite pas d’existence sans plaisir. Et pourtant : avant le plaisir, nous passons souvent par l’étape du désir, un désir parfois accablant. Au point que nous désirons (parfois maladivement) le plaisir. Pressés de faire ce que les autres attendent de nous, d’obtenir ce qu’il faut en temps et en heure, de poursuivre un objet de désir que nous aurions dû obtenir il y a longtemps déjà et qui nous cause aujourd’hui plus de peine que de plaisir… nous expérimentons les innombrables dommages collatéraux de cette recherche frontale et parfois effrénée du plaisir. Que s’est-il donc produit ? Pourquoi souffrons-nous dans la voie qui devait nous contenter ?

Au cours de l’expérience du désir, il se produit un événement : une confusion entre plaisir et satisfaction, vécue comme un moindre mal. Ayant associé la satisfaction au plaisir, on se borne à rechercher ce dernier : le plaisir, envers et contre tout. Et cela, bien que l’on réalise qu’il est devenu inapte à procurer une réelle satisfaction. Celle, pourtant, que nous recherchions.

D’où notre volonté, souvent, de ne pas tout confondre. C’est l’idée qu’il aurait plusieurs types de plaisirs : ceux qui sont par nature incompatibles avec la satisfaction (mais que l’on peut se borner à rechercher pour eux-mêmes) ; ceux qui peuvent entraîner la satisfaction. Socrate, par exemple,  propose une voie pour une satisfaction sans détour : la recherche d’une satisfaction de l’âme. Ce qui implique de s’être déjà relativement libéré de l’emprise du corps ; ce qui implique aussi que l’on partage l’idée que le corps est le tombeau de l’âme, et pas le vecteur par lequel cette dernière peut et doit s’exprimer. Ainsi, peut-être le temps de l’existence est-il un détour nécessaire, un passage obligé. Et peut-être, aussi, que ce temps qui nous est donné peut être mis à contribution : quel plaisir, au juste, serait-il à même de nous satisfaire ici et maintenant, dans cette existence que vous sommes en train de déployer, nous autres faits de chair et d’os ? Ce plaisir est-il vraiment illusoire ?

Socrate suggère de se préparer, pas de renoncer : dans le Phédon, il décrira cette préparation à la séparation des plaisirs spirituels et des plaisirs corporels. Le fait de réclamer, au seuil de sa mort, le sacrifice d’un coq à Esculape, dieu de la médecine, guérisseur, fils d’Apollon, pourrait bien être le signe d’une revendication plus profonde : exiger la guérison de l’existence. Socrate affirme-t-il par là, comme l’aurait lu Nietzsche, que la vie serait une maladie ? « Est-ce possible ?, se demande Nietzsche, qu’un homme qui a été joyeux toute sa vie » ait simplement fait « bonne mine à mauvais jeu et caché tout le temps son dernier jugement, son sentiment intérieur » ? Est-il vrai, comme Nietzsche l’envisage en cet aphorisme 340 du Gai savoir, que Socrate ait « souffert de la vie » ? Ce dernier n’était-il en somme, comme le suspecte encore Nietzsche dans le Crépuscule des Idoles, qu’un « criminel type » ?

Et pourtant, lisons Platon et les autres : jamais on n’y voit Socrate se plaindre de l’existence. Et même plus : il y voit une opportunité de se livrer à des désirs, d’éprouver des plaisirs conformes à sa nature. Ainsi Socrate sait profiter d’un festin, il admire la beauté ici et maintenant, et apprécie les délices simples d’une marche estivale à l’ombre des sentiers qui bordent les remparts d’Athènes. Pourvu que l’individu soit doté de cette sagesse  consistant à se réjouir de ce que l’on a quand on l’a sans trop souffrir de ce que l’on n’a pas quand on ne l’a pas. C’est ici que les choses se compliquent !

On observe pourtant une posture similaire chez Epicure, chez qui l’on se plait parfois encore à voir un appel à être « épicurien », bon vivant comme l’on dit quelquefois. Vivre en pourceaux, ont prétendu les plus puritains, comme s’il fallait faire un choix entre le plaisir et autre chose, autre chose qui nous demeure inconnu mais qui serait certainement plus noble. Ainsi, J. -S. Mill estimera devoir trancher un dilemme : « il vaut mieux être un être humain insatisfait qu’un pourceau satisfait, Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait».

Faut-il vraiment renoncer au plaisir ? Profitons, nous explique Epicure, de certains plaisirs, pourvu que nous en profitions d’une manière suffisamment dégagée pour nous mettre à l’abri de la souffrance en cas de privation. Notons qu’Epicure considère le bonheur non comme un luxe, mais qu’il le classe parmi les désirs naturels nécessaires. Faut-il alors vraiment estimer que Socrate ait pu être l’auteur de l’étrange équation que lui attribue Nietzsche : « cette équation socratique : raison = vertu = bonheur » ?

D’où vient le plaisir ?

Un peu plus haut, nous avons brièvement observé une constellation conceptuelle : tout désir naît d’un manque, tend à être comblé, cette recherche de satisfaction dirige le désir vers un objet qui, lorsqu’il est rencontré, procure une satisfaction éphémère au moment où nous consommons l’objet du désir. Dès lors qu’il est atteint et que j’en use, l’objet du désir se consume. Ainsi je reporte mon désir sur un nouvel objet, et ainsi de suite je remplis mon existence, selon le modèle exacerbé par Calliclès.

On reconnaît ici deux difficultés flagrantes. D’abord, vouloir du plaisir est une chose, mais nous aimerions que ce plaisir ne soit précédé d’aucun manque, donc d’aucune douleur. Dans la description dressée ci-dessus, tout porte à  croire que le plaisir tire son intensité du manque qui le précède : c’est par exemple la conception de l’amour courtois au Moyen-Age où l’on représentait le plaisir de la rencontre proportionnel à la douleur de l’attente. Ensuite, nous savons bien que le plaisir est plus ou moins durable, qu’il ne se consume pas toujours à la même vitesse, et que parfois, sans que nous ne sachions vraiment donner les raisons, ce plaisir dure.

Est-il vrai que tout plaisir soit fondé sur un manque ?

Il est bien difficile de concevoir une situation de notre existence dans laquelle nous pourrions éprouver du plaisir sans avoir manqué de l’objet que nous savourons à présent. C’est un peu comme faire un cadeau plaisant à quelqu’un qui aurait conscience de ne rien manquer. Au mieux, le bon cadeau est celui qui nous surprend car, l’ayant désiré par le passé, nous avions enfoui ce désir dans les profondeurs de notre conscience, au point de le rendre inactuel. Le cadeau qui nous surprend tout en nous procurant du plaisir n’est-il pas en réalité celui qui réactive la conscience d’un manque en même temps qu’il comble ce dernier ? Le plaisir est alors très logiquement  proportionnel au souvenir du manque.

Platon semble avoir toujours maintenu que le désir est fondé sur un manque. Même dans le Banquet, lorsqu’à la toute fin des discours il fait ultimement parler Socrate qui rapporte le discours de Diotime : « On ne désire pas une chose quand on ne croit pas qu’elle vous manque ». Tout désir est fondé sur la conscience d’un manque, réel ou illusoire (il y a aussi des manques qui n’accèdent pas à la conscience, et qui ne peuvent pas trouver satisfaction de manière volontaire). Est-ce à dire qu’il considère tout plaisir comme le fruit du plaisir ? Certainement pas.

En effet, si tout désir tend à s’accomplir dans la recherche d’une satisfaction procurant du plaisir, est-il vrai, en retour, que tout plaisir naît du désir ? N’existe-il pas une forme existentielle du plaisir qui ne succède pas au désir ? Pourquoi le désir serait-il la seule source du plaisir ? Ne tire-t-on fréquemment pas plaisir, par exemple, à une qualité qui nous est donnée, que nous sommes conscients de posséder et de n’avoir jamais manqué ? C’est le plaisir que nous éprouvons de fait lorsque nous nous livrons aux activités que nous aimons, ou le plaisir que nous ressentons lors de la fréquentation des gens que nous aimons, le plaisir encore que nous ressentons à la simple considération d’un objet ou d’une valeur que nous aimons, un plaisir qui ne vient pas d’une appropriation, d’une consommation, mais d’une pure et simple relation à.  Une relation intentionnelle, dirait Sartre, qui n’assimile pas l’objet ni la valeur à la conscience que j’en prends, où je n’absorbe pas l’objet pour l’anéantir en moi, car cet objet ou cette valeur, fondamentalement, me transcende. De ce point de vue, l’amour nous procure une expérience de satisfaction de ce que l’on a, ou d’un plaisir tiré d’une relation établie à un objet, une personne ou une valeur, constamment actualisée.

On fait la rencontre ici d’une figure de la satisfaction alternative au modèle proposé dans la confrontation entre Socrate et Calliclès. Elle s’incarnerait dans l’amour comme plaisir que procure notre relation à un objet, personne ou valeur, dont on n’a pas peur de manquer, dont on ne souffre pas l’absence. Aimer la musique, c’est avoir du plaisir consistant dans le fait d’entretenir de fait une relation (plaisante) à un objet que l’on sait être aimé. Que l’on écoute ou non actuellement le morceau aimé, il le demeure, et continue à exister pour moi comme tel. Le fait que l’amour autorise des modalités étonnantes vaudrait la peine d’une description plus attentive. Aimer est en effet moins accessible que désirer. Aimer requiert sûrement un apprentissage : l’amour serait à ce titre de l’ordre du développement de soi. Le désir est au contraire accessible à tout un chacun : mais le satisfaire n’est pas immédiatement la preuve que nous faisons bonne route, que nous nous réalisons. Il garantit seulement, qu’effectivement, nous existons. Le trait le plus étonnant est peut-être que l’amour puisse survivre à la présence de l’objet aimé, et que nous puissions nous épanouir même en son absence. Ce qui indique peut-être une relation spécifique qui n’est pas de l’ordre de l’utilisation, de la possession ni de la jouissance comme cela semble être le cas pour le désir. Nous nous y pencherons bientôt. L’amour, certainement, semble se maintenir dans la solitude. Il se maintient même peut-être dans la privation du désir. Remarquons pour l’instant que l’amour, à la différence du désir, est un fait qui a la particularité d’être déjà comblé au moment où il se réalise. Nietzsche dira très bien lui aussi que l’amour ne peut jamais consister en une promesse, mais qu’il s’atteste.

Espérer que le désir mènera au plaisir / éprouver le plaisir dans l’expérience de l’ « amour »

S’étant rendu compte que la satisfaction elle-même est susceptible de procurer du plaisir, quel besoin à présent de passer par le stade du manque qui produira le plaisir qui produira, pense-t-on de la satisfaction ? Il est d’ailleurs probable que la satisfaction soit alors entendue comme un idéal de non-frustration où l’on tire plaisir à ne pas manquer, à ne pas manquer trop longtemps, à manquer peu, mais pas d’une satisfaction, d’une possession réelle et positive. Pensant naïvement que le plaisir conduirait à la satisfaction, nous cherchions à restaurer le lien fondamental entre satisfaction et plaisir. Un élan naturel, mais qui ne peut réussir si nous ne prenons pas le temps du présent examen. Le plaisir que nous attrapons ici engage « quelque chose de plus », comme le sentiment de renforcer mon existence, de concourir à la réalisation de l’idée que j’ai de moi-même.

Spinoza a largement développé le thème de ces désirs structurants, qui amplifient la conscience de m’accomplir. Pour lui aussi, à l’évidence, un désir est forcément conscient : « Le désir est un appétit dont on a conscience » écrit Spinoza dans LÉthique (voir plus précisément livre III, théorèmes VI, VII et scolie du théorème IX ). En ce ce sens, le désir est un fait. Mais loin d’être un un terme définitif aboutissant à la satisfaction, c’est une expérience qui, sous certaines conditions, peut devenir une expérience de réalisation, d’accomplissement personnel. Tous les hommes ont conscience de leurs désirs (que Spinoza nomme « appétits ». Un appétit est un effort auquel « toute chose s’efforce – autant qu’il est en son pouvoir – de persévérer dans son être », effort qui « lorsqu’il a rapport en même temps à l’Âme et au Corps, il se nomme Appétit ». Il s’agit donc pour nous de décrire cette expérience où nous nous réalisons pleinement, corporellement et spirituellement, où nous avons l’intime conviction de faire bonne route, sans regrets possibles, car cette expérience, quoiqu’il arrive, nous procure le plaisir de nous découvrir en action. Un plaisir qui concoure à l’estime personnelle. L’amour en ce sens semble toujours aussi de l’ordre de la découverte : je découvre que j’aime ceci davantage que cela, je suis fier de porter cette valeur plutôt que telle autre, je revendique telle ou telle qualité dont je suis fier d’assumer la responsabilité, etc : tels sont les plaisirs qui non seulement me sont accessibles, mais qui par nature, semblent inoffensifs.

Qu’est-ce donc qu’une thérapie de l’existence ?

Vouloir guérir du désir serait donc une bien mauvaise idée… Comme l’effrayante idée qui consisterait à vouloir guérir de l’existence. La philosophie et la philothérapie appelleraient cela « une volonté de vivre bien ». En cela, la thérapie philosophique consiste dans l’expérience  supportable voire plaisante de l’existence, pas dans la privation de cette expérience. Par exemple, elle nous donne les moyens, comme il a été vu plus haut, de se libérer de la crainte de voir ses désirs changer. Cette libération est obtenue sur la base d’une distinction entre l’amour et le désir. La dimension thérapeutique de la philosophie consistera sur ce point précis à apprendre à porter l’attention de l’individu sur l’expérience, sur la découverte de ce qu’il aime (se trouver par l’expérience) plutôt qu’à se perdre dans une élaboration conceptuelle nébuleuse de l’objet idéal de son désir en ayant passé en revue l’intégralité de son passé ou tenté de débusquer d’hypothétiques acteurs inconscients. Pour paradoxal que cela puisse paraître, loin de toute élucubration stérile, la philosophie – car elle est ici existentielle – nous ramène au présent de notre expérience et au sentiment immédiat que nous avons de nous-mêmes.

Comme tout travail d’élaboration, ce cheminement existentiel demande un peu de temps. Souvent quelques semaines, cela dit, suffisent à commencer à regarder l’existence autrement. La pleine découverte du potentiel de cette thérapie se fait de la manière la plus autonome possible. Car il en va de votre « individuation existentielle » (cela sera développé plus tard).

Si la thérapie médicale soigne la maladie dans le but de ne plus « avoir cette maladie » (notons toutefois que parfois elle ne peut qu’en alléger la peine), la thérapie existentielle ne peut pas avoir pour but de sauver quiconque de l’existence. Mais elle pourra sauver l’individu de lui-même, du moins y contribuer. Elle se propose d’atteindre ce résultat en permettant aux individus de donner sens à leur existence.

Une pensée sur “Platon, Epicure et Spinoza : désir, plaisir et quête de satisfaction”

  1. Je veux juste témoigner de mon accompagnement par Nathanael Masselot, il y a quelques semaines maintenant.
    Ce fut vraiment une expérience très positive qui m’a énormément apporté et apaisé. Ce n’est en effet pas de la thérapie comme on se le représente mais les 2 entretiens ont été des moments d’échanges intenses et très «  éclairants » pour moi.
    Autant par la posture de Nathanaël Masselot , très professionnelle mais tout autant empathique et chaleureuse,que par la qualité de son écoute et de la pertinence de son regard philosophique , j’ai pu , en toute simplicité, redéfinir mes valeurs et priorités de vie et entamer ainsi un cheminement vers un mieux être global et durable…
    Aucune compétence particulière en philo n’est nécessaire, simplement un besoin, une envie , un élan vers le sens de sa Vie…
    L’impact est immédiat et aussi à long terme : je me replonge de temps en temps dans mes notes pour poursuivre mon chemin vers mon MOI choisi et asssumé!!! MERCI infiniment 🙏

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