Qu’est-ce que le dialogue socratique ?

Platon par ses dialogues avait pour ambition d’amener chacun à la pratique personnelle. Même si l’on pressent parfois la position implicite de Socrate dans tel ou tel dialogue, extrêmement rares sont les occasions où nous pouvons enfermer sa pensée dans une position parfaitement univoque.

Le sens profond des questions philosophiques qui y sont abordées (dont la plupart ont une portée existentielle indéniable : l’amour, le désir, l’action juste, la vertu…) se situe bien plus souvent au carrefour d’une diversité de discours (…).

En se mettant à la place d’autrui et en lui demandant réciproquement de prendre sa place, Socrate fonde un partage. Il universalise cet homme : non pas autant de points de vue qu’il y a d’individus mais un point de vue qui émane de l’humanité – humanité qui elle-même a su élever ses vues par le biais du dialogue. (…)

Le point de vue de Socrate tire sa légitimité de l’existence des autres points de vue. Ainsi qu’il le rappelle, par exemple dans Phèdre, le philosophe est avant tout un dialecticien, c’est-à-dire une personne capable de découper un problème selon ses articulations naturelles, c’est-à-dire en tenant compte de tout ce qu’est une chose et de tout ce que l’on dit d’elle. Telle est la double condition à remplir pour cesser de gamberger dans le relativisme des opinions.

En définitive, la solution esquissée à un problème tire sa pertinence du fait qu’elle entretient des relations avec les autres positions, ce pour quoi elle s’exprime mieux que partout ailleurs dans le genre du dialogue. Le dialogue est fait pour permettre à toute personne qui le désire de se remettre en question. 

Texte extrait de N. Masselot, Philothérapie, éd. de l’Opportun, 2019

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